«Station F»: Un incubateur de Start-up

«Station F»: Un incubateur de Start-up

Michael Koller | 19 février 2018 | Scène

«Station F» est le synonyme de la Halle Freyssinet, conçue dans les années 1920 par Eugène Freyssinet, et transformée, d’après les plans du bureau d’architectes parisiens Wilmotte & Associés Architectes et à l’initiative de l’entrepreneur Xavier Niel, en un campus devant accueillir quelque 1000 start-up.

La «Station F» à Paris (Photos: Patrick Tournebœuf)

La «Station F» à Paris (Photos: Patrick Tournebœuf)

La «Station F» n’est pas un simple incubateur de start-up, elle est en premier lieu un monument de la construction, conçu par l’ingénieur Eugène Freyssinet, pionnier français du développement du béton précontraint, et considéré, à l’époque de son achèvement tout comme aujourd’hui, comme un symbole du progrès et de l’essor économique. Le bâtiment, qui devait à l’origine servir de gare de chargement et de transbordement pour la gare d’Austerlitz, se situe dans le 13e arrondissement de Paris, à proximité immédiate de l’emblématique «Bibliothèque nationale de France, François-Mitterrand» de l’architecte Dominique Perrault, et constitue même à l’échelle actuelle, avec une longueur totale de 310 mètres, une largeur totale de 72 mètres et une hauteur libre de 8,5 mètres, un véritable géant dans le tissu urbain.

De la gare de transbordement au bureau paysager
C’est à la suite d’un concours lancé en 1926 par la Société des Chemins de Fer Paris-Orléans, dont Eugène Freyssinet sortit vainqueur, que furent construites en 1929, en 23 mois seulement, les trois halles, mises en service en tant que station de transbordement de bagages et de colis de la gare d’Austerlitz. Après avoir changé plusieurs fois de nom, le complexe fut dénommé tout simplement «Halle Freyssinet» en 2000, du nom de son créateur. La transformation des halles en un bureau paysager et l’aménagement de deux ou plutôt trois plafonds dans les nefs latérales, qui s’ouvrent en formant une galerie sur la nef centrale, a permis de créer 12 000 mètres carrés de surfaces de bureaux et d’espaces de travail, agrandissant à 34 000 mètres carrés la surface totale utile. Afin de pouvoir permettre des modifications et adaptations futures, les plafonds des galeries ont été réalisés sous forme de structures d’acier blanches démontables, fixées aux piliers de béton armé existants. Pour pouvoir supporter les charges supplémentaires, les fondations existantes ont été renforcées.

Des adaptions invisibles
Pour optimiser le bilan énergétique de ce gigantesque bâtiment et laisser toutefois visibles les arcs de béton à l’intérieur, les toits ont été isolés du coté extérieur. Les vitres des bandes de lumière zénithales ont été remplacées par des vitrages isolants, et les murs extérieurs et cloisons verticaux ont été réalisés en panneaux de verre isolant. Outre l’isolation thermique, l’un des grands défis résidait dans la maîtrise de l’acoustique pour les quelque 3 300 postes de travail à disposition. Parallèlement à la mise en œuvre de plafonds acoustiques sous les mezzanines, des panneaux déflecteurs absorbant le son ont été suspendus sous les bandeaux de verre des deux nefs latérales, panneaux qui dissimulent en même temps les grilles des passerelles d’entretien et de maintenance situées au-dessus, servent de filtre de la lumière naturelle et accueillent l’éclairage.

Situation dans le sud-ouest de Paris: le bâtiment à l’est, au bord de la Seine, est la Bibliothèque nationale de France, François-Mitterrand. (Plans: Wilmotte & Associés)

Une ville en soi
Le bureau paysager ouvert, qui traverse l’ensemble du bâtiment, est structuré et rythmé par les 50 conteneurs des salles de réunion. Réalisées sur mesures, les salles de conférence présentent tous les équipements nécessaires à des visioconférences et s’ouvrent par leurs vitrages fixes, sur toute la hauteur de la pièce, vers la nef centrale, les conteneurs du 1e étage dépassant légèrement du bord de la galerie et s’avançant dans l’espace. La gaine de tôle ondulée blanche perforée de ces salles de réunion, le plus souvent superposées et pourtant détachées, sert à l’isolation acoustique. Des murs à panneaux doubles empêchent le passage du son de l’intérieur à l’extérieur.

Deux conteneurs forment ensemble, avec un bloc cuisine, une table destinée aux repas, quelques placards et rangements, ainsi que des toilettes, ce que l’on appelle un «village», dont la partie centrale du bâtiment compte 26. Chacun de ces villages accueille près de 130 espaces de travail et est accessible par deux escaliers, l’un menant au rez-de-chaussée et donc à la grande halle centrale, l’autre créant, en escalier de secours, une connexion directe à l’extérieur sous les auvents longitudinaux. Les deux passages publics découpent le bâtiment en trois zones de bureaux fonctionnelles: Share – Create – Chill. La zone Share, de 82 mètres de long – une sorte de forum – est située au nord-ouest d’un parvis minéral et sert de plateforme et de point de rencontre pour les jeunes entrepreneurs et leurs partenaires extérieurs. Aussi, c’est ici qu’a été placé l’auditorium de 361 places, noyé dans le sol.

   
La zone Create, de 123 mètres de long, est le cœur proprement dit de l’incubateur, et abrite les postes de travail et l’infrastructure nécessaire aux start-up. La station se termine sur la zone Chill, de 51 mètres de long, avec un restaurant de 3500 mètres carrés comportant plusieurs cuisines ouvertes et bars répartis dans l’espace ouvert et ponctués d’espaces verts. Le point phare sont les deux wagons-restaurants bleus, déposés sur les rails d’origine, et qui rappellent l’histoire du lieu.
La question reste de savoir si ce projet d’intégration ambitieux de Xavier Niel de mettre Paris, par cet incubateur, sur la carte internationale, par un écosystème numérique made in France, saura faire face au temps et aux fluctuations économiques. Une chose est certaine toutefois: le concept architectonique offre le potentiel, la souplesse et toutes les fonctions techniques et d’infrastructure nécessaires pour accueillir des entreprises quelles qu’elles soient. Mais la Station F est avant tout un projet modèle, montrant comment nous pouvons gérer notre patrimoine culturel architectural et que nos bâtiments industriels historiques peuvent parfaitement s’allier aux exigences d’un environnement de travail contemporain.

Emplacement: 5, Parvis Alan Turing, 75013 Paris, France
Maître d’ouvrage: SDECN, Xavier Niel
Architecture: Wilmotte & Associés, Paris
Architecte des Monuments Historiques: 2B2M
Surface de sol: 34 034 m2
Postes de travail: 3 036

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