Designer Stefan Sagmeister: C'est quoi la beauté ?

Designer Stefan Sagmeister: C'est quoi la beauté ?

Katharina Weber | 22 août 2019 | Scène

Le «Beauty Book» a été publié à l'occasion de l'inauguration de l'exposition «Beauty».
Le «Beauty Book» a été publié à l'occasion de l'inauguration de l'exposition «Beauty». ©Sagmeister & Walsh


Le designer Stefan Sagmeister plaide pour le retour à la beauté comme principe de conception. Selon ses déclarations lors du 5ème sommet de l’immobilier, qui s’est tenu dans la région de l'aéroport de Zurich, il y existe une surprenante conception commune de la beauté – et ce indépendamment des cultures et des époques.

Entretien mené par Katharina Wyss.

«En termes de durabilité,
la beauté représente clairement un atout.»

Stefan Sagmeister

L'artiste Olafur Eliasson reproduit la beauté de la nature, par exemple dans ses chutes d'eau ou le soleil, qu'il a créés à la Tate Modern à Londres («The Weather Project», 2003).
Dans quelle mesure la nature est-elle nécessaire pour produire la beauté?


Hegel dirait que le soleil d'Olafur Eliasson est plus beau que le soleil même, parce que seul l’intellect peut comprendre le soleil de l'artiste et que sa beauté représente une forme plus évoluée. Nous nous concentrons sur la beauté faite par l’homme, vu que la notion de beauté en soi est déjà difficile à cerner.
Certes, la beauté créée par la nature est d’un intérêt majeur: notamment en ce qui concerne la notion de beauté, sur laquelle nous nous entendons, on peut constater un conditionnement qui provient de nos ancêtres. Bien des choses que nous considérons comme belles retrouvent leur origine dans l'âge de pierre. La plupart des personnes préfèrent le bleu aux autres couleurs. Une mère paisible est bleue. Un ciel serein est bleu. Le bleu représente donc une sécurité.


Si ce n'est pas la nature qui façonne notre sens de la beauté, que pourrait-ce être d'autre?
De quoi dépend le sens de la beauté?


Une grande partie des personnes préfère des symétries claires. Les experts ont tendance à favoriser une légère dissymétrie parce que pour l’œil habitué c’est le petit déséquilibre qui suscite l’intérêt.
Il se peut que le public aime une œuvre d'art qui, en revanche, sera sous les feux des critiques des experts. Pour qui ne s'intéresse qu’occasionnellement à l'art et au design, la beauté est perçue de manière différente que par une personne qui travaille dans le domaine. C’est pourquoi il est important que l'art public soit également discuté au sein du grand public.
Mais il y a aussi des exceptions, par exemple la «Cloudgate» de l'artiste Anish Kapoor à Chicago. Par beaucoup d'experts, la sculpture est considérée comme un art de haute qualité tout en étant très appréciée par le public. Faire de l'art ou de la musique de qualité qui soit bien accueilli par le public, voilà un véritable défi. Il est bien plus difficile de produire un bon film hollywoodien qu’un film plus petit qui s’adresse à un public spécialisé.

La «Cloudgate» à Chicago de Anish Kapoor. ©Mack Male
La «Cloudgate» à Chicago de Anish Kapoor. ©Mack Male


Qui décide de ce qui est beau?


Ce sont ceux pour qui un produit a été conçu qui en décident. Si, par exemple, je produis une chaise pour un centre de conférence, ce sont les visiteurs du centre qui en jugeront. S'ils trouvent que la chaise est laide, alors elle l'est aussi pour moi – même si avant elle m’a plu.
En tant que designer, je dois me pencher sur le profil du public cible. Si, par exemple, je crée une pochette de CD pour Lou Reed et que celle-ci ne plaît pas à sa communauté de fans, alors c'est une mauvaise pochette de CD. Peu importe ce que j'en pensais avant. En revanche, si je ne suis pas sûr ou entièrement satisfait de ma création, mais que la communauté des fans de Lou Reed adore la pochette de CD, alors cette dernière me plaira également. Je retourne ma veste en fonction des circonstances.

Aus der Ausstellung «Beauty»  ©Sagmeister & Walsh
Extrait de l'exposition «Beauty» ©Sagmeister & Walsh


Après la Seconde Guerre mondiale, l'architecture fonctionnelle est devenue un postulat, également du point de vue du modernisme. Y a-t-il des époques où la beauté jouait un rôle plus important?
Dans quelle mesure les changements sociaux favorisent-ils la beauté?


Les Grecs accordaient une grande importance à la beauté, et les Romains ont repris cette idée dans une certaine mesure. La beauté a connu un nouvel essor avec la Renaissance et durant les périodes du Baroque et du Rococo.

Au XIXe siècle, la beauté était l’objectif suprême auquel tout devait obéir. Quand je regarde aujourd'hui les œuvres d'art du 19e siècle, j’avoue qu’elles ne me plaisent pas particulièrement et, ne suivant qu’une seule et unique stratégie, elles me paraissent kitsch. Les années 50 ou 70 sont marquées par une fonctionnalité croissante, qui finalement n’était plus fonctionnelle.
Si l'art du XIXe siècle n'avait pas seulement représenté la beauté d'un paysage, cela aurait été plus intéressant et moins kitsch. C’est un peu comme pour la fonctionnalité des lotissements préfabriqués des années 1970. S'ils n'avaient pas été uniquement fonctionnels, ils auraient eu plus de succès.

J'ai loué une maison à Mexico City. Elle a été tellement endommagée par un tremblement de terre dans les années 80 que nous avions pensé devoir la démolir. À cette époque, des artistes ont occupé la maison, et ce simplement parce que cette maison était si belle. Si le bâtiment avait été un immeuble préfabriqué, personne ne s'en serait soucié. Cela montre clairement que la beauté est en mesure de sauver ce qui doit être préservé.
Un autre exemple: mon sac de 30 ans. Tous les deux ans, je l’amène chez un cordonnier pour le faire réparer, et ce juste parce qu’il me plaît. En termes de durabilité, la beauté représente clairement un atout si, comme dans ce cas, on se sert pendant trente ans du même sac tout simplement parce qu’on le trouve beau.

Stefan Sagmeister et Jessica Walsh dans leur bureau de New York, photo: ©Sagmeister & Walsh
Stefan Sagmeister et Jessica Walsh dans leur bureau de New York
Foto:©Sagmeister & Walsh
Stefan Sagmeister est un designer et directeur artistique de l'Autriche, qui travaille à New York City.

Il a travaillé pour les Rolling Stones, The Talking Heads, Lou Reed et le Musée Guggenheim, entre autres.
Ses expositions ont été présentées à New York, Philadelphie, Tokyo, Osaka, Séoul, Paris, Lausanne, Zurich, Vienne, Prague, Cologne et Berlin.
Il a été co-réalisateur du documentaire «The Happy Film» qui est sorti en 2017.

Avec sa partenaireJessica Walsh il a conçu l'exposition «Sagmeister & Walsh: Beauty», ouverte jusqu'au 15 september 2019 dans le Musée d'arts appliqués à Francfort.

Cet article sera publié dans la prochaine édition imprimée du Magazine de la Documentation Suisse du Bâtiment sur le thème des "Musées".
Le magazine paraîtra le 2 septembre 2019.

> Ici vous pouvez commander le Magazine de la Documentation Suisse du Bâtiment.


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